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So is the party over? La reaction au Brexit d’une Anglaise à Toulouse

Cet article est écrit en français par une Anglaise (et une Anglaise un peu perturbée) alors merci de me pardonner des fautes de langue !  L’original en anglais se trouve également sur LinkedIn mais je voulais aussi essayer de partager avec mes connaissances, mes collègues, mes amis francophones.

Cet article est mon avis personnel à ce sujet et ne représente pas les avis des clients représentés par Location Marketing.

Il m’a fallu un peu de temps avant de me retrouver assez composée pour écrire cet article.  Je pense que je passe par les 7 stades de deuil. Par contre, j’ai commencé par le choc et l’incrédulité, mais j’ai tout de suite sauté à la colère.  C’est là à ce stade de colère où je reste bloquée.

Et pour la petite explication, cette réaction n’est pas face à notre défaite en foot contre les Islandais lors de l’Euro 2016. Un ami a commenté juste après le match qu’un des commentateurs anglais a résumé à la fin du match en disant « Je pense que ce qui s’est produit ici ce soir va peut-être éclipser tout ce qui se passe chez nous. »

Sérieusement ? Perdre un match de foot va impacter notre pays et les générations à venir autant – voir plus – que notre décision de quitter l’Union Européenne ? Si ça continue comme ça, je vais bientôt me creuser un trou et sauter là-dedans.

Je parle, bien sûr, du Brexit.  Mais avant que nous revenons à ma colère latente, j’aimerais parlais d’abord du choc et de l’incrédulité que j’ai ressenti en entendant le résultat.  Et surtout, je voudrais vous parlais de ma tristesse.

Je suis un bébé des années 70. Née à Manchester, dans une Royaume-Uni qui n’était pas la puissance économique que nous voyons aujourd’hui.  Dans les années 80, on a déménagé en famille au pays de Galles.  C’était un pays de Galles qui avait vu son industrie minière disparaitre, sauf une seule mine de charbon tenue en coopérative, et son industrie d’acier était en déclin.  La magnifique Baie de Cardiff que nous connaissons aujourd’hui, était les vieux docks de Cardiff et on y allait pas seule la nuit.

Après mes études, et honnêtement un peu par hasard, je me suis retrouvée à travailler dans le développement économique et l’investissement direct étranger à travers un CDD qui m’a amené par la suite vers plusieurs postes différents au sein de l’Agence de développement économique du pays de Galles.

Depuis ce moment, je m’expose quotidiennement à « ce que Europe fait pour nous ». Si on prend le cas gallois, car c’est un sujet que je connais bien, l’Europe à fait ENORMEMENT.  L’Union européenne a financé une infrastructure essentielle, a subventionné des programmes de formation et a donné accès à un soutien transfrontalier pour la recherche et développement.  A cette époque, l’UE a aussi donné au pays de Galles le statut « Tier One » qui voulait dire que les entreprises voulant s’implanter dans le pays avait accès à des subventions les plus élevées en Europe.

Si vous voulez savoir ce que l’Europe est toujours en train de faire pour le pays de Galles, voici ce qu’on peut lire sur le site web du gouvernement gallois : au-delà des £500m en fonds assuré chaque année pour le pays, des autres fonds d’un total de plus de £90bn sont aussi mis à disposition du pays du Galles, y inclus le fond européen de recherche et développement - Horizon 2020 et ERASMUS, qui soutien du travail, de l’éducation et de la formation.  Le pays de Galles profite également de Welsh Government Rural Communities – Rural Development Programme 2014-2020, un programme dote de £957m et financé par le Fonds européen agricole pour le développement rural et le gouvernement gallois.

Quand le pays de Galles vote de quitter l’UE, je me retrouve donc tout simplement abasourdie.

Mais je suis aussi très triste. Comment est-on arrivé là ?

J’ai une idée de comment ? En fait plus que le temps passe, plus que j’en suis convaincue que nous sommes à cette situation actuelle pour deux raisons.

Tout d’abord, je crois que le projet européen n’a jamais été réellement vendu à la population britannique. Je ne vois pas aujourd’hui, et ceci depuis des années, un effort concerté de ramener le projet européen au peuple britannique, de leur expliquer en termes simples ce que l’UE essaie de faire pour nous et dans quel mesure ce projet européen est une vision ambitieuse et de long-terme.  La participation aux dernières élections européennes était d’une moyenne sur tous les états membres de 42%.  Par contre, cela se comprend à mon sens.  Quelles informations nous ont été réellement livrées avant le scrutin ?

Egalement, les populations se sentent privés de leurs droits. L’Europe ne fournit pas des réponses à nos problèmes fondamentaux. Mais, soyons honnêtes, nos gouvernements nationaux non plus.

La colère surgit en moi quand j’aperçois que un certain groupe de politiques ont profité de cette manque de connaissance à propos du projet européen et la fatigue politique générale de la part de la population britannique pour répondre en face avec des promesses en forme de mensonges, et ce qui a été résumé par un Europarlementaire comme du « propagande ».  Et ça c’est la deuxième raison.

Hier, Nigel Farage a eu le culot de se mettre devant les Europarlementaires à Bruxelles et de les accuser de « furtivité et tromperie » (stealth and deception). Il a parlé de dénégation de la part du projet européen et a encouragé ces Europarlementaires d’assumer « une attitude mature et raisonnée »  (grown-up and sensible attitude) lors des négociations à suivre.

Ils pourraient peut-être s’inspirer du comportement de Monsieur Farage lui-même. Prenons comme exemple quand il a promis de rediriger un budget européen (pour un montant à la fois fictif et exagéré) vers les hôpitaux britanniques en difficulté si on votait de partir le jour du référendum. Quelle belle promesse, qui a été aussi vite retiré le lendemain du résultat.

Un Europarlementaire a répondu d’une façon très éloquente que si Monsieur Farage avait un minimum de décence, il présenterait ses excuses à la population britannique pour ses fausses promesses.  Mais ce n’est pas grave, Nigel se sent entièrement assuré que les « petits gens » (« the little people ») se sont exprimés. Oui, c’est exactement comme ça qu’il décrit l’électorat britannique.

J’ai été littéralement écœuré par l’écouter.

Résidente en France, j’ai aussi fait un effort  de suivre la couverture médiatique ici.  Ce n’est pas rassurant.  L’élite politique française précise que l’Union européenne était « une idée Française » et c’est maintenant aux Français de restructurer le projet européen.  Je suis assez persuadée que cela en fera de l’Europe plutôt une « Grande France » qu’autre chose et pour provoquer un peu (car là je deviens un peu exaspérée), n’est-il pas vrai que la France a pas mal de problèmes à régler « chez soi » avant de prendre en charge tout un continent toute seule ? De plus, et dis que je suis pédante si vous voulez, mais c’est plutôt à tous les états membres de prendre en charge ensemble cette situation me parait-il.

Je vous l’accorde que l’UE est vaste et complexe en ce moment. On a besoin de consolider des avis des uns et des autres et il y a eu des erreurs, mais Rome ne s’est pas construite en un jour. Avec un effort, tous ensembles, on ne pourra pas ramener ce projet aux peuples européens ?

Au Royaume-Uni on dit que quand on fait une fête chez soi, la partie la plus amusante et intéressante se déroule toujours dans la cuisine (je ne suis pas sure si cette analogie parle aux français ?). Imaginons, que L’UE est comme une fête, et même si cette fête se déroule plus ou moins bien, on n’a pas envie de se retrouver seul dans le jardin tant que tout le monde s’amuse et discute dans la cuisine.  Encore une fois, soyons honnêtes, à travers les années on a quand même réussi à négocier en grosse partie ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait pas et nous sommes, à mon avis, une influence modératrice qui va manquer à certains des états membres les plus petits.

Maintenant on a choisi ne plus être à la fête. Détrompons-nous par contre que ça va nous écarter de l’Europe car on sera toujours très impacté par ce qui passe sur le continent européen.  Je pense que la phrase en anglais que je recherche est curieusement ce que Nigel Farage a lancé comme accusation aux Europarlementaires s’ils n’acceptent pas tout ce que nous voulons en négotiations – cutting off our nose to spite our face. – on est en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Tout est devenu insulaire. Tout le monde - des politiques et des “little people”.  Et ce n’est pas juste un phénomène britannique à cause du fait que nous vivons sur une ile entourée de mer.

Coté France, une des premières réactions au résultat du référendum était de suggérer que ce changement pourrait être une raison en soi pour revisiter la traité du Touquet, qui avait effectivement mis la frontière franco-britannique à Calais et par la suite la mise en place des camps de réfugiés pour ceux cherchant entrer le Royaume-Uni.  Il parait que ces camps pourraient être délocalisés à Dover maintenant.

Ceci répond à la situation désespérée de ces réfugiés ? Je dirais que ça ne fait que plutôt les déplacer dans un autre camp dans un autre pays – un pays dont le manifesto du Brexit a l’air d’insinuer qu’ils ne sont pas de tout bienvenus (on a tous le souvenir de ce fameux poster). Mais en fin de compte, ce n’est pas grave car ceci ne sera plus un problème pour la France, ou bien l’UE, n’est-ce pas ?

Faux. Ça restera – et ça devra rester le problème de tout le monde.

A mon avis l’Union Européenne nous donne la possibilité de voir les situations dans leur ensemble, même si la réalité de cet ensemble n’est pas toujours glorieuse.  Si je ne me trompe pas, cela était l’idée derrière la création de l’Union européenne (et pour être fair-play j’accorde aux Français que c’était une bonne idée) – d’assurer de la paix et de la tolérance.

Il y a eu beaucoup de critiques de ceux qui ont voté de rester dans l’UE, suite à leur réaction face au résultat.  On leur traite de mauvais perdants.  Ceci n’est pas juste.  Ce n’est pas une question de gagner ou de perdre. C’est plutôt en rapport avec la société dont on souhaite faire partie et l’intégrité des personnes qui nous représentent.  Personnellement je suis ravie de voir que beaucoup de britanniques font le contraire de leur réputation de « Keep Calm » en demandant que l’élite politique doit être tenue responsable pour ce qui était un véritable désastre de référendum, basé en grosse partie sur de les informations erronées, des mensonges et de l’intolérance.  Cela ne veut pas dire que nous sommes des mauvais perdants, cela veut dire que l’avenir de notre pays nous concerne et nous inquiète.

Mais, guess what?  Techniquement parlant, je ne peux pas être une mauvaise perdante car je n’ai pas « joué ». On a décidé que je n’avais pas le droit de voter, ayant en dehors du Royaume-Uni depuis plus de 15 ans.

Pendant ces 15 ans, j’ai vécu dans les Pays-Bas et en France et j’ai travaillé au sein des équipes cherchant à promouvoir des implantations des entreprises européennes au pays de Galles,  des équipes livrant des programmes financés par l’UE pour le transfert des compétences en attraction des IDEs dans le sud de la Méditerranée et plus récemment j’ai commencé à représenter la Chambre de Commerce franco-britannique à Toulouse.

Le monde est étrange.  C’est comme si ça fait quand-même un petit moment que je suis à cette fête, mais personne ne m’a demandé ce que je voulais boire.